Infantilisation des résidents : une maltraitance ordinaire invisible

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Marie Martin
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Dans les établissements médico-sociaux, la maltraitance ne prend pas toujours la forme de violences visibles ou de négligences flagrantes. Elle peut être beaucoup plus subtile, banalisée, parfois même perçue comme bienveillante. L’infantilisation des résidents en établissement fait partie de ces maltraitances ordinaires, souvent invisibles, mais aux conséquences profondes sur la dignité, l’autonomie et l’estime de soi des personnes accompagnées.

Loin d’être marginale, cette pratique s’insinue dans le quotidien des EHPAD, foyers de vie ou unités de soins de longue durée, portée par des habitudes professionnelles, une culture institutionnelle ou un manque de formation. Pourtant, infantiliser un adulte vulnérable, même avec de bonnes intentions, reste une atteinte à ses droits fondamentaux.

Qu’est-ce que l’infantilisation des résidents ?

L’infantilisation consiste à traiter une personne adulte comme un enfant, que ce soit dans le langage, les gestes, les décisions ou l’organisation de son quotidien. Elle repose sur l’idée implicite que la personne accompagnée serait incapable de comprendre, de choisir ou d’agir par elle-même.

Cela peut se traduire par :

  • L’utilisation d’un langage enfantin ou réducteur (« ma petite dame », « on va faire un gros dodo »)

  • Le fait de décider à la place du résident sans lui demander son avis

  • Des règles uniformes qui ne tiennent pas compte des préférences individuelles

  • Une sur-protection excessive limitant toute prise d’initiative

L’infantilisation n’est pas toujours intentionnelle. Elle peut naître de la fatigue, du stress, d’un souci de sécurité ou d’une méconnaissance des effets qu’elle produit.

Pourquoi parle-t-on de maltraitance ordinaire ?

Le terme de maltraitance ordinaire désigne des pratiques socialement acceptées, intégrées au fonctionnement quotidien des établissements, mais qui portent atteinte à la personne accompagnée.

L’infantilisation en est un exemple typique :

  • Elle est répétée

  • Elle est banalisée

  • Elle est souvent invisible aux yeux des professionnels eux-mêmes

Contrairement aux violences physiques ou verbales, elle ne provoque pas de signalement immédiat. Pourtant, ses effets sont réels et durables.

Les conséquences de l’infantilisation sur les résidents

Une atteinte à la dignité

Être infantilisé, c’est être privé de sa reconnaissance en tant qu’adulte. Cela renvoie la personne à une position d’infériorité, de dépendance totale, parfois même d’inutilité.

Une perte d’autonomie accélérée

Lorsqu’un résident n’est plus sollicité pour faire des choix ou accomplir des gestes simples, ses capacités diminuent plus rapidement. L’infantilisation peut ainsi favoriser la dépendance, au lieu de la prévenir.

Un impact psychologique important

Sentiment d’injustice, perte d’estime de soi, repli sur soi, résignation… À long terme, l’infantilisation peut conduire à une forme de résignation silencieuse, particulièrement chez les personnes âgées.

Des exemples concrets du quotidien

L’infantilisation des résidents en établissement se manifeste souvent par de petits gestes ou paroles, en apparence anodins :

  • Choisir les vêtements d’un résident sans lui proposer d’alternative

  • Lui parler à la troisième personne alors qu’il est présent

  • Lui imposer des horaires stricts sans explication

  • Féliciter excessivement pour des actes ordinaires (« c’est bien, vous avez fini votre assiette »)

  • Refuser un choix sous prétexte de sécurité sans discussion possible

Pris isolément, ces actes peuvent sembler mineurs. Répétés quotidiennement, ils deviennent profondément maltraitants.

Pourquoi cette pratique persiste-t-elle ?

Plusieurs facteurs expliquent la persistance de l’infantilisation en établissement :

La culture institutionnelle

Certaines organisations privilégient le fonctionnement collectif au détriment de l’individualité.

Le manque de temps et de personnel

Quand les équipes sont sous pression, aller vite peut prendre le pas sur le respect du choix et du rythme du résident.

La confusion entre protection et contrôle

Vouloir « protéger » peut conduire à limiter excessivement la liberté.

Un déficit de formation

Tous les professionnels ne sont pas formés aux notions de bientraitance, de droits des usagers ou de communication respectueuse.

Comment lutter contre l’infantilisation des résidents ?

Changer le regard

Reconnaître que la personne accompagnée reste un adulte à part entière, quels que soient son âge ou son degré de dépendance.

Repenser la communication

Utiliser un langage clair, respectueux, sans diminutifs ni ton infantilisant. S’adresser directement à la personne, même en cas de troubles cognitifs.

Favoriser le choix et la participation

Permettre au résident de décider, même sur des aspects simples : repas, vêtements, activités, horaires.

Former et sensibiliser les équipes

La prévention de la maltraitance ordinaire passe par la prise de conscience collective et la formation continue.

Instaurer une culture de la bientraitance

Une culture où chaque professionnel se sent autorisé à questionner les pratiques et à ajuster ses comportements.

Vers une prise de conscience nécessaire

L’infantilisation des résidents en établissement n’est pas une fatalité. La nommer, c’est déjà commencer à la combattre. Elle nous invite à interroger nos pratiques, nos automatismes et notre rapport à la vulnérabilité.

Promouvoir la bientraitance, ce n’est pas seulement éviter les actes graves de maltraitance, c’est aussi refuser ces petites violences quotidiennes, invisibles mais destructrices. Redonner une place centrale à la parole, au choix et à la dignité des résidents est un enjeu éthique majeur pour les établissements médico-sociaux d’aujourd’hui et de demain.

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