Dans les établissements médico-sociaux, et particulièrement en EHPAD, les notions de bientraitance et de bienveillance sont omniprésentes. Souvent utilisées comme des synonymes, elles recouvrent pourtant des réalités bien différentes sur le terrain.
Comprendre cette distinction est essentiel pour améliorer la qualité de l’accompagnement des résidents, prévenir les situations de maltraitance ordinaire et faire évoluer durablement les pratiques professionnelles.
Bienveillance : une posture personnelle
La bienveillance renvoie avant tout à une intention.
Être bienveillant, c’est vouloir le bien de l’autre, adopter une attitude empathique, respectueuse et attentionnée.
En EHPAD, la bienveillance se traduit par exemple par :
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une parole douce,
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une écoute attentive,
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une volonté sincère d’aider le résident,
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une relation humaine chaleureuse.
Problème : la bienveillance repose largement sur la subjectivité et les valeurs personnelles du professionnel.
Deux soignants peuvent être animés des meilleures intentions… tout en adoptant des comportements très différents.
La bienveillance, aussi importante soit-elle, ne garantit pas à elle seule des pratiques adaptées.
Bientraitance : une démarche professionnelle et collective
La bientraitance, elle, va beaucoup plus loin.
C’est une démarche globale, structurée et continue, inscrite dans les pratiques professionnelles et l’organisation de l’établissement.
Selon les recommandations du secteur médico-social, la bientraitance vise à :
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promouvoir le respect des droits et de la dignité des personnes,
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prévenir toute forme de maltraitance, y compris involontaire,
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adapter les pratiques aux besoins, aux capacités et aux choix du résident.
Contrairement à la bienveillance, la bientraitance :
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s’appuie sur des repères communs,
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repose sur des protocoles, des formations et une culture partagée,
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engage l’ensemble des acteurs : soignants, direction, équipes hôtelières, familles.
On peut être bienveillant sans être bientraitant.
On ne peut pas être bientraitant sans une réflexion collective et professionnelle.
Sur le terrain : des différences très concrètes
Exemple 1 : le rythme du résident
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Bienveillance : laisser un résident dormir plus longtemps “pour son confort”, même si cela perturbe les soins ou les repas.
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Bientraitance : prendre en compte le rythme du résident tout en adaptant l’organisation, en dialoguant avec l’équipe et en respectant son projet personnalisé.
Exemple 2 : la toilette
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Bienveillance : aller vite “pour ne pas déranger”, sans expliquer les gestes.
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Bientraitance : expliquer chaque étape, demander le consentement, préserver l’intimité, même en situation de contrainte de temps.
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Exemple 3 : les troubles cognitifs
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Bienveillance : parler comme à un enfant pour “se faire comprendre”.
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Bientraitance : adapter la communication sans infantiliser, respecter l’adulte derrière la pathologie.
Ces situations illustrent une réalité fréquente en EHPAD : la maltraitance ordinaire naît souvent de bonnes intentions mal outillées.
Pourquoi la bientraitance ne s’improvise pas
La bientraitance ne relève pas du “bon sens”. Elle nécessite :
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une prise de conscience des impacts réels des comportements,
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une formation adaptée aux situations vécues sur le terrain,
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des espaces de réflexion collective,
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une remise en question des habitudes.
C’est particulièrement vrai dans un contexte de :
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surcharge de travail,
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manque de personnel,
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épuisement professionnel.
Sans accompagnement, même les équipes les plus engagées peuvent adopter des pratiques non bientraitantes… sans s’en rendre compte.
Former autrement pour ancrer la bientraitance
Pour passer de la bienveillance individuelle à la bientraitance collective, la formation joue un rôle clé.
Mais pas n’importe laquelle.
Les approches immersives permettent notamment de :
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vivre les situations du point de vue du résident,
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ressentir l’impact émotionnel des gestes et des mots,
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mieux comprendre les mécanismes de la maltraitance ordinaire,
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ancrer durablement les bons comportements.
Lorsqu’un professionnel ressent plutôt qu’il n’écoute passivement, le changement est plus profond et plus durable.
Bientraitance et qualité de vie au travail : un lien indissociable
Instaurer une démarche de bientraitance, c’est aussi :
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améliorer la qualité de vie au travail des équipes,
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redonner du sens aux pratiques,
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réduire les tensions et les conflits,
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renforcer la cohésion et la fierté professionnelle.
Un environnement bientraitant pour les résidents commence par un environnement respectueux pour les professionnels.
Bienveillance vs bientraitance : résumé
La bienveillance est un point de départ.
La bientraitance est un engagement professionnel.