Cyberattaque en hôpital : continuité des soins et gestion de crise

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Marie Martin
Chargée de communication 360

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Introduction

Une cyberattaque ne touche jamais seulement un système informatique. Dans un établissement de santé, elle met aussi à l’épreuve l’organisation, la communication, les équipes et la capacité à maintenir la continuité des soins.

À la polyclinique Vauban, l’épisode révèle une réalité simple : quand le réseau tombe, la priorité reste la prise en charge des patients. Très vite, les équipes basculent en mode dégradé, reviennent au papier et s’organisent pour continuer à soigner malgré la perte des outils numériques.

Une attaque détectée au niveau national, avec un impact immédiat sur le terrain

Le signal d’alerte arrive par le réseau du siège, avec la détection d’une possible fuite de données en pleine nuit. Très vite, les équipes constatent des interruptions de réseau, l’impossibilité de joindre le service informatique, la perte d’accès au dossier patient, puis au dossier administratif, aux mails et à d’autres ressources.

Face à l’incertitude, les flux se coupent et les accès se restreignent progressivement. L’attaque prend une dimension nationale, tandis que la gestion technique se pilote à ce niveau.

La continuité des soins repose sur un mode dégradé préparé en amont

Le passage au papier s’effectue rapidement. Le mode dégradé existe déjà, les équipes le connaissent et le classent dans un classeur rouge clairement identifié. Les sauvegardes nocturnes permettent de retrouver le dernier tour médical et infirmier directement sur les postes de soins, même sans connexion.

Cette préparation facilite la reprise :

  • les équipes savent utiliser le mode dégradé ;
  • les supports restent accessibles sur les postes de soins ;
  • l’environnement reste identique ;
  • le retour au papier s’effectue sans perdre de temps sur la prise en charge.

La difficulté ne se situe pas dans le geste de soin, mais dans l’absence de visibilité sur la durée de la crise et dans l’enchaînement des restrictions.

Les premières mesures techniques : couper, filtrer, diagnostiquer

Du côté informatique, les premières actions visent à contenir l’attaque :

  • coupure des flux entrants et sortants ;
  • filtrage ligne par ligne des autorisations et des accès ;
  • scan complet de tous les serveurs et de tous les PC ;
  • appui des équipes réseaux du siège ;
  • intervention du SOC d’Orange ;
  • recours à des prestataires spécialisés pour le diagnostic.

La priorité consiste à savoir ce qui est touché, ce qui doit rester accessible et ce qu’il faut isoler.

Une cellule de crise pour garder le lien et éviter la panique

Très vite, la communication devient un sujet central. La cellule de crise réunit les informaticiens, des cadres de soins et plusieurs fonctions concernées par les logiciels et les activités impactées.

Cette organisation permet de :

  • faire des points de situation réguliers ;
  • anticiper les besoins ;
  • trouver des solutions alternatives ;
  • garder un lien interne solide ;
  • répondre aux équipes sans nourrir l’inquiétude.

Un choix joue aussi un rôle déterminant : l’accès au bureau des informaticiens se limite. Les équipes techniques se concentrent alors sur la crise, sans être interrompues en permanence. Un interlocuteur privilégié facilite aussi la circulation de l’information.

Une crise technique, mais aussi une épreuve humaine

Les équipes se souviennent encore très bien de cette période. Ce qui marque le plus, ce n’est pas seulement la panne, mais l’incertitude :

  • ne pas savoir combien de temps la situation dure ;
  • ne pas connaître l’ampleur exacte ;
  • vivre une sursollicitation permanente ;
  • répondre aux demandes tout en agissant dans l’urgence.

Du côté des soignants, une autre surprise apparaît : l’empathie envers l’informatique. Alors que le numérique peut parfois apparaître comme un irritant au quotidien, les équipes font preuve d’écoute et de soutien.

Après la crise : renforcer, simplifier, sensibiliser

L’expérience transforme durablement les pratiques. Les établissements renforcent plusieurs points :

  • pare-feu mieux géré ;
  • accès limités à ce qui reste strictement nécessaire ;
  • procédure de vérification pour les nouveaux logiciels ;
  • contrôle de conformité au niveau RGPD et sécurité ;
  • simulations annuelles de cyberattaque ;
  • modes dégradés retravaillés et personnalisés par service.

Les équipes de soins participent aussi à la refonte des supports. L’objectif reste simple : proposer des outils plus lisibles, plus pratiques et plus adaptés aux réalités du terrain.

Les réflexes essentiels en cybersécurité

Plusieurs messages ressortent clairement :

  • ne pas partager son mot de passe ;
  • rester vigilant face aux mails douteux ;
  • garder en tête que de nombreuses attaques passent par une mauvaise manipulation d’un utilisateur final ;
  • considérer chaque collaborateur comme un acteur de la prévention du risque cyber.

La sensibilisation s’appuie alors sur le concret. Les équipes travaillent à partir de leur propre expérience, avec une pédagogie très pratique, des échanges, des tables rondes et des tests qui montrent en combien de secondes un hacker peut parfois réussir à entrer dans un espace sécurisé.

Les documents et plans qui structurent la préparation

Deux outils reviennent dans la préparation :

  • la PSSI, pensée comme un véritable plan d’action ;
  • le PCRA, utile pour savoir qui fait quoi à quel moment.

La préparation ne reste pas théorique. Elle devient opérationnelle, avec des scénarios, des fiches réflexes et des exercices qui testent la gestion de crise, le plan blanc et la main courante.

Ce qu’il faut retenir

Une cyberattaque en établissement de santé ne relève pas seulement de la technique. Elle touche :

  • l’organisation ;
  • la communication ;
  • la continuité des soins ;
  • la coordination entre métiers ;
  • la sécurité des données ;
  • la préparation des équipes.

Le retour d’expérience montre une chose essentielle : la cybersécurité concerne tout le monde. Chaque geste compte, chaque équipe compte, et chaque collaborateur joue un rôle dans la protection de l’établissement.

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